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Le mystérieux Maître d’Elie Wiesel – article sur les rapports Chouchani-Wiesel

http://frblogs.timesofisrael.com/le-mysterieux-maitre-delie-wiesel/
Elie Wiesel and Michael

The last filmed interview of Elie Wiesel was about his Mentor Shoshani – Chouchani

Filmmaker Michael Grynszpan and Elie Wiesel z.l.

Filmmaker Michael Grynszpan and Elie Wiesel z.l.


We’ve just learned the sad news: Elie Wiesel, Auschwitz Survivor and Nobel Peace Prize Winner, Dies at 87. Baruch Dayan Emet (Blessed is the True Judge).

We had the privilege to meet him and to interview him last year in New York.
Elie Wiesel was happy to talk about his mentor and master Shoshani (Chouchani).

We believe this was his last filmed interview.

Peut-on trouver la trace de Monsieur Chouchani dans ce texte de Levinas ?

ChouchaniLevinasEmmanuel Levinas est mort il y a vingt ans, le 25 décembre 1995. On connait son admiration sans limite pour son maître Monsieur Chouchani, “maître prestigieux – et impitoyable” selon ses propres mots. Il répétait à qui voulait bien l’entendre qu’il “n’avait rencontré dans sa vie que deux véritables génies, Heidegger et Chouchani”. Levinas fait également allusion à Chouchani à plusieurs reprises dans ses livres, par exemple dans “Difficile liberté” et dans ses “lectures talmudiques”. Nous vous présentons ici l’extrait d’un de ses livres, “Noms propres”. Jusque-là, on n’avait pas l’habitude de penser que ce texte pouvait faire allusion à Monsieur Chouchani. Mais un professeur de philosophie de l’université de Bar-Ilan, Dr. Hanoch Ben-Pazi, l’affirme : le dernier chapitre du livre parlerait sans le nommer du mystérieux génie. “Noms propres” est un recueil de portraits que Levinas dresse d’écrivains ou de penseurs aussi différents que Derrida, Agnon, Kierkegaard, Proust, ou Martin Buber. Mais le dernier chapitre du livre est intitulé “Sans Nom”. Il y est question de l’effondrement moral de l’humanité pendant la deuxième guerre mondiale et des enseignements à en tirer. Et il est aussi question dans ce chapitre de la condition si particulière du peuple juif. Il est vrai qu’on n’imagine pas Levinas penser au fait juif ni à la morale juive sans garder en arrière-pensée son “maître prestigieux” – un petit homme étrange, sans nom, qui l’a ébloui par ses océans de connaissances, ses capacités dialectiques hors du commun et ses fulgurances de génie. Alors voici un extrait de ce texte en question, peut-on le déchiffrer et y trouver un hommage à Monsieur Chouchani ? aux lecteurs de juger.

“SANS NOM” (chapitre dans le livre d’Emmanuel Levinas “Noms Propres”)

“(…) il nous faut désormais dans l’inévitable reprise de la civilisation et de l’assimilation, enseigner aux générations nouvelles la force nécessaire pour être fort dans l’isolement de tout ce qu’une fragile conscience est alors appelée à contenir. Il nous faut – en rappelant la mémoire de ceux qui, non-juifs et juifs, surent, sans même se connaitre ni se voir, se comporter en plein chaos comme si le monde n’avait pas été désintégré, en rappelant la Résistance des maquis, c’est-à-dire précisément celle qui n’avait d’autre source que ses propres certitudes et son intimité – il faut, à travers de tels souvenirs, ouvrir vers les textes juifs un accès nouveau et restituer à la vie intérieure un nouveau privilège. La vie intérieure, on a presque honte de prononcer, devant tant de réalismes et d’objectivismes, ce mot dérisoire.

La condition juive

Quand les temples sont debout, quand les drapeaux flottent sur les palais et que les magistrats ceignent leur écharpe – les tempêtes sous les crânes ne menacent d’aucun naufrage. Ce ne sont peut-être que les remous que provoquent, autour des âmes bien ancrées dans leur havre, les brises du monde. La vraie vie intérieure n’est pas une pensée pieuse ou révolutionnaire qui nous vient dans un monde bien assis, mais l’obligation d’abriter toute l’humanité de l’homme dans la cabane ouverte à tous les vents, de la conscience. Et certes, il est fou de rechercher la tempête pour elle-même, comme si “dans la tempête résidait le repos” (Lermontov). Mais que l’humanité installée puisse à tout moment s’exposer à la situation où sa morale tienne tout entière dans un “for intérieur”, où sa dignité reste à la merci des murmures d’une voix subjective et ne se reflète ni ne se confirme plus dans aucun ordre objectif – voilà le risque dont dépend l’honneur de l’homme. Mais c’est peut-être ce risque que signifie le fait même que dans l’humanité se constitue la condition juive. Le judaïsme, c’est l’humanité au bord de la morale sans institutions.
Nous ne disons pas que la condition juive soit aussi une assurance contre ce risque. Peuple comme tous les peuples désireux, lui aussi, de savoir les voix de sa conscience enregistrées dans une civilisation impérissable ; peuple plus vieux, plus sceptique, plus chercheur que les autres, se demandant, avant les autres, si ces voix ne sont pas déjà l’écho d’un ordre historique qui les dépasse. Peuple épris de bonheur, comme tous les autres peuples et amoureux de la douceur de vivre. Mais par une étrange élection, peuple aussi conditionné et ainsi situé parmi les nations – est-ce métaphysique ou est-ce sociologie ? – qu’il s’expose à se retrouver, du jour au lendemain et sans préavis, dans la désolation de son exil, de son désert, de son ghetto ou de son camp, toutes les splendeurs de la vie balayées comme des oripeaux, le Temple en flammes, les prophètes sans vision, réduit à la moralité intérieure – par l’univers démentie. Peuple exposé – même en pleine paix – au propos antisémite, car peuple capable de percevoir dans ce propos un sifflement inaudible à l’oreille commune. Et déjà un vent glacial parcourt les pièces encore décentes ou luxueuses, arrache les tapisseries et les tableaux, éteint les lumières, fissure les murs, met en loques les vêtements et apporte les hurlements et les hululements d’impitoyables foules. Verbe antisémite à nul autre pareil, est-il injure comme les autres injures ?
Verbe exterminateur par lequel le Bien se glorifiant d’Être retourne à l’irréalité et se recroqueville au fond d’une subjectivité, idée transie et tremblante. Verbe révélant à l’Humanité tout entière par l’entremise d’un peuple, élu pour l’entendre, une désolation nihiliste qu’aucun autre discours ne saurait suggérer. Cette élection est certes un malheur.
Mais cette condition où la morale humaine retourne après tant de siècles comme à sa matrice atteste – d’un testament très ancien – son origine d’en deçà les civilisations. Civilisations que cette morale rend possibles, appelle, suscite, salue et bénit, mais qui, elle, ne s’éprouve et ne se justifie que si elle peut tenir dans la fragilité de la conscience, dans les “quatre coudées de la Halacha”, dans cette demeure précaire et divine.”

Emmanuel Levinas talks about his Master Monsieur Chouchani – an amazing Genius – Video in Italian

Video in Italian: Emmanuel Levinas talks about his Master Monsieur Chouchani – an amazing GeniusEmmanuel Levinas en Italien

http://www.raiscuola.rai.it/articoli/emmanuel-l%C3%A8vinas-tra-martin-heidegger-e-il-talmud-aforismi/5087/default.aspx

Lévinas si sofferma inoltre sulla sua infanzia, segnata dall’ebraismo. Decisiva fu la personale scoperta del Talmud fatta sotto la guida di Chouchani, maestro di esegesi biblica. “Un uomo – ricorda Lévinas – che poteva attraversare un gran numero di idee, senza sentire l`obbligo di portarle a un esito conclusivo”.

New Interview of Elie Wiesel in New York

Elie Wiesel interviewed by Michael G - June 1st 2015

Elie Wiesel interviewed by Michael Grynszpan - June 1st 2015
Nobel Prize Winner Prof. Elie Wiesel and filmmaker Michael Grynszpan met in New York this week for an interview. They talked about Monsieur Chouchani [Shoshani] who was Elie Wiesel’s teacher for two years and let a huge impact on all his other disciples around the world.

Fools and Children

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Dans le Talmud il est écrit : “Depuis le jour de la destruction du Temple, la prophétie a été retirée des prophètes et a été donnée aux fous et aux enfants”.

It’s written in the Talmud: ” Since the Temple was destroyed, prophecy has been taken from prophets and given to fools and children.”

“מיום שחרב בית המקדש ניטלה נבואה מן הנביאים וניתנה לשוטים ולתינוקות”
(בבא בתרא יב, ב)

How to understand the Talmud – according to Monsieur Chouchani

How to understand the Talmud – according to Monsieur Chouchani

“The fundamental principle is reported by Levinas in the name of his teacher, Chouchani: “One does not have to construct nor speculate abstractly, but through imagination.” On this are based the following assumptions:
1. Reading Talmud requires sensitivity to images, ideas, reactions, random thoughts, even distractions, that occur in the process of reading.
2. Reading Talmud requires asking questions, permitted or not.
3. The Talmud should be read aloud to approximate an oral tradition.
4. The Talmud is to be taken as a whole.
5. The Talmud is part of the story of the encounter between Israel and the “Nameless Being.” This encounter precludes a sensibility of oppression.
6. Although historical and scientific information is essential for a proper reading of the Talmud, such information must be subject to the same images, ideas, reactions, random thoughts, even distractions and – especially – questions as the text.
7. The mention of “Israel” means human being. As Levinas wrote:
Each time Israel is mentioned in the Talmud one is free, certainly, to understand by it a particular ethnic group which is probably fulfilling an incomparable destiny. But to interpret in this manner would be to reduce the general principle in the idea enunciated in the Talmudic passage, would be to forget that Israel means a people who has received the Law and, as a result, a human nature which has reached the fullness of its responsibilities and of its self-consciousness… the heirs of Abraham are all nations; any man truly man is no doubt of the line of Abraham.”

In “Reading Levinas/Reading Talmud: An Introduction”
By Ira F. Stone

“Sur les traces de Chouchani” article de Sandra Ores pour la MENA

young chouchaniUn très bon article de Sandra Ores pour la MENA sur notre film sur Monsieur Chouchani.

Sur les traces de Chouchani (info # 012112/13) [Culture]
Par Sandra Ores © Metula News Agency (www.menapress.org)

Jacob lutta jusqu’à l’aube avec l’homme. Celui-ci, voyant qu’il ne pouvait le vaincre, le blessa à la hanche. L’homme demanda à Jacob son nom, puis le renomma Israël. Jacob lui retourna la question à son tour, mais l’homme répondit “pourquoi demandes-tu mon nom ?”, et ne lui donna point de réponse.

Comme l’homme avec lequel s’est battu Jacob dans le récit biblique, le personnage énigmatique de Chouchani, érudit du XXème siècle, qui fut le maître inégalé de grands penseurs de notre temps, ne révéla jamais son identité.

L’homme qui apparut puis disparut auprès de Jacob fut rebaptisé “l’ange” par les commentateurs rabbiniques décelant dans sa manifestation une présence transcendantale ; de la même manière, les disciples de Chouchani ont perçu dans ce génie du Talmud, de la philosophie, des mathématiques, et maître dans bien d’autres domaines encore, une dimension surnaturelle.

Chouchani n’était d’ailleurs pas son véritable nom. Ce pseudonyme découle du mot hébreu chouchan, qui signifie fleur de lys ; la fleur, pressée sur la face de la pièce d’un shekel, représente un symbole ancien d’Israël.

Caméra à l’épaule, le réalisateur franco-israélien Michael Grynszpan s’atèle à reconstituer le puzzle Chouchani, lequel avait le plus souvent l’allure d’un clochard. Mais Emmanuel Levinas, Elie Wiesel, Jacques Abramoff et d’autres éminents professeurs ont couvert d’éloges les plus respectueuses son intelligence et son savoir.

“Ce maître prestigieux et impitoyable en exégèse et en Talmud” (le Talmud, la Torah orale), tel que le décrivait Levinas, qui a certainement beaucoup appris de lui en matière d’éthique – l’un des principaux domaines d’intérêt et de recherche du philosophe français.

S’il récitait le Talmud, le Zohar1 ou le Guide des Egarés2 de Maïmonide par cœur, Chouchani en faisait de même avec le Coran ou les Vedas3. Il possédait une mémoire ainsi qu’un esprit de synthèse exceptionnels. “Il savait tout”, commenta Wiesel dans un article du quotidien israélien Yediot Aharonot en 1964 ; Wiesel, qui fut son élève pendant trois ans à Paris, et qui considère Chouchani comme l’un de ses plus influents professeurs, écrivit également à son sujet qu’ “il avait lu tous les livres, pénétré tous les secrets, traversé tous les pays”.

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L’une des rares photographies de Chouchani

Depuis presqu’une année qu’il planche sur son sujet, Michaël Grynszpan, totalement absorbé, parle sans arrêt de Chouchani. Ce n’est pas la première fois que le réalisateur se penche sur un thème au demeurant abstrus ; en 2011, son film “Descendants de nazis : l’héritage infernal”, montrait des descendants de nazis vivant en Israël, certains s’étant convertis au judaïsme ; son documentaire “Les oubliés de l’histoire” (2005), consacre quant à lui la mémoire des Juifs originaires du Moyen-Orient, réfugiés en Israël suite aux violences dont ils furent victimes lors des mouvements nationalistes arabes du milieu du XXème siècle.

Grynszpan se passionne désormais pour ce héros encore flou dont il approche pas à pas le mystère ; à force de recherches et de rencontres avec ceux qui ont croisé le chemin de Chouchani, il recoupe les bribes d’informations dans le but de toucher du doigt la clé de voute de la logique et de la magie du personnage. Sentir la réalité de ce passeur de sciences nomade s’apparente pourtant à tenter de regarder à travers une vitre opaque.

Car en dépit de sa grandeur et de l’influence qu’il a eue sur des hommes ayant plus tard réalisé une brillante carrière, Chouchani est resté dans l’ombre. C’est que, pour lui, maintenir le secret sur sa propre vie relevait de l’obsession.

A en croire Elie Wiesel, Chouchani parlait une trentaine de langues anciennes et modernes ; mais nul ne connaissait son origine. “Son français était pur, son anglais parfait et son yiddish se pliait aux accents de son interlocuteur”, écrivit Elie Wiesel. Des récits concourent cependant à établir qu’il aurait survécu à la Shoah.

Personne ne lui connaissait non plus ni âge, ni adresse, ni métier, ni famille, ni amour ; “il lui manquait toutes ces caractéristiques qui définissent habituellement un homme en tant qu’élément d’un groupe”, renchérit le Prix Nobel de la paix 1986, qui explique en outre que, sans laisser de trace, il apparaissait et disparaissait à divers endroits du globe, qu’il était chez lui partout et nulle part.

Chouchani n’a laissé aucun écrit ; il a transmis toute sa science par oral à ceux qui ont eu la chance de recevoir ses enseignements – ou la folie de se laisser prendre au jeu de son intelligence aux limites impalpables.

Mais si quarante-cinq ans après la mort de cet homme mystérieux, peu de ceux qui l’ont rencontré ont effectivement dévoilé des indices, c’est aussi parce que, parmi ces hommes et ces femmes, certains craignent d’en parler ; car révéler ses secrets équivaut, en quelque sorte, à transgresser son vœu d’anonymat. Des témoins, dont des individus des plus sérieux et pragmatiques, ont refusé de se confier au réalisateur, craignant probablement que la mémoire de l’homme ne vienne les hanter. Rien d’étonnant à ce que Grynszpan se réveille parfois la nuit, imaginant Chouchani incriminant son travail.

Le professeur d’histoire émérite de l’université israélienne Bar-Ilan, Tsvi Bachrach, subjugué par sa rencontre avec le vagabond prodige, au début des années 50 dans le jeune Etat hébreu, refusa tout d’abord de rencontrer le réalisateur, prétextant “qu’il y avait quelque chose d’effrayant dans cette histoire”.

Shalom Rosenberg, éminent intellectuel israélien, professeur de philosophie juive à l’Université Hébraïque de Jérusalem, suivit lui aussi les enseignements de Chouchani. Lors de l’entretien qu’il concéda à Michael Grynszpan, l’enregistrement du son se brouilla soudain ; “c’est du pur Chouchani !”, marmonna-t-il en souriant. Rosenberg confia au cinéaste que, s’il avait eu un jour Chouchani en face de lui, il aurait alors compris la raison de sa plaisanterie.

Grâce à l’image, Grynszpan parvient à capter les regards mêlés d’effroi, d’envoûtement et d’admiration de ses interlocuteurs, ces éclairs qui dépeignent avec le plus d’authenticité le souffle de Chouchani. “Ce n’était pas humain”, confia Zvi Bachrach. L’un des maîtres à penser des Juifs de France après la guerre, le rabbin Léon Ashkénazi, autrement connu sous le totem de Manitou, se demandait quant à lui “s’il était un homme ou autre chose”.

Afin de rassembler les témoignages, d’Europe, des Amériques, d’Afrique du Nord, d’Asie et des divers pays du monde dont Chouchani a foulé le sol, Michael Grynszpan a créé un site Internet appelant ceux qui ont croisé sa route à s’exprimer. Il reste encore six mois d’enquête et c’est en Uruguay, notamment à Montevideo, où le génie fou s’est éteint, que l’équipe de tournage se rendra prochainement.

Mais plus que d’entendre des opinions au sujet du personnage invraisemblable, ce que cherche avant tout Grynszpan, c’est saisir l’essence et l’architecture de sa pensée, percer la source de ses enseignements, dévoiler les motivations enceintes dans ses pérégrinations. Avait-il compris le sens des innombrables choses de ce monde qui nous échappent ? Etait-il parvenu à entendre le Om sacré (la syllabe sanskrite figurant la perfection, l’unité du monde) ?

Wiesel écrivit, dans son livre Le Chant des morts (ed. du Seuil, 1966), que son mentor “aimait déplacer les points fixes”. L’une de ses particularités consistait à faire jouer les correspondances à partir des éléments d’un texte avec des repères situés dans des domaines complètement distincts ; il plaçait les problématiques dans des contextes infiniment plus larges et inattendus, s’inspirant notamment du Talmud, qu’il percevait comme une source inépuisable et originale de philosophie et d’éthique. Le penseur remettait tout en question, construisait et démolissait ses théories du même coup. Etre son élève devait être épuisant.

Chouchani fut assurément un personnage contradictoire sous tous ses aspects. Il vécut dans la plus grande simplicité, voire en dessous des limites de la décence, hirsute, mangeant salement, dormant sur des bancs, toujours coiffé du même chapeau, mais n’était pas pauvre pour autant ; il aurait gagné beaucoup d’argent en jouant à l’homme d’affaires. Encore aujourd’hui, sa fortune profite à des familles pauvres d’Israël.

Claude Riveline, ingénieur polytechnicien, professeur à l’Ecole des Mines à Paris, auteur de nombreux écrits sur la gestion des organisations et l’influence des “tribus, des rites et des mythes”, rencontra Chouchani pendant moins d’une heure en 1962. Il raconte avoir eu une sensation qui lui était jusque-là inconnue ; celle de se laisser pénétrer complètement par les mots de son interlocuteur, d’en comprendre aussitôt tout le sens. Riveline compare cette situation à la révélation de la Torah sur le mont Sinaï, lorsque, selon le récit, les 600 000 âmes présentes auraient entendu la parole du Dieu d’Israël.

L’ingénieur instille ainsi que Chouchani était doté de la capacité exceptionnelle de connaître et de saisir l’âme des hommes ; de s’y adresser et de s’en faire comprendre parfaitement, en nuançant son discours selon l’âge, le niveau de connaissance, les capacités émotionnelles et intellectuelles de celui ou celle qu’il avait en face de lui. Chouchani avait aussi la vocation de transmettre sa science aux esprits avides de savoir. Dans pas longtemps, Michael Grynszpan sera certainement capable de nous en apprendre un peu plus sur ce personnage mythique et sur sa dialectique.

Notes :

1Zohar : l’un des ouvrages principaux de la Kabale, exégèse ésotérique de la Torah.

2Le Guide des Egarés de Moïse Maïmonide est l’œuvre majeure de ce philosophe juif, considéré comme le plus marquant du Moyen-Age, qui était également rabbin et médecin dans l’Andalousie musulmane du XIIème siècle. Cet ouvrage, dans le quel l’auteur examine entre autres la relation entre la philosophie et la religion, a influencé les philosophes juifs et non juifs des siècles suivants.

3Vedas, ou connaissances en sanskrit : ensemble de textes qui auraient été révélés aux sages indiens, et transmis oralement de brahmane à brahmane jusqu’à nos jours. Un brahmane, dans les sociétés hindouistes, est un membre de l’une des quatre castes regroupant les hommes de lettres et les érudits, et notamment les sacrificateurs et les prêtres.

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